On croyait avoir tout vu avec la démocratisation des écrans pliables, mais il semblerait que Samsung prépare déjà le coup d’après pour secouer un marché mobile qui a parfois tendance à ronronner. Un récent document ayant fuité de chez le constructeur sud-coréen dévoile un concept de smartphone qui pourrait bien redistribuer les cartes.

Oubliez la charnière, l’heure est au rouleau. Le fameux appareil, que les bruits de couloir baptisent déjà « Galaxy Z Rollable », serait capable de s’étirer latéralement depuis un châssis rigide. En un clin d’œil, votre téléphone classique se transformerait en une petite tablette. Les croquis qui circulent montrent que Samsung ne repart pas d’une feuille blanche pour autant, piochant allègrement dans ses propres codes esthétiques. Le bloc photo arrière rappelle furieusement l’agencement que l’on connaît sur les actuels modèles de la gamme Galaxy S26. La vraie trouvaille d’ingénierie réside plutôt dans le fait que cette île photographique se déplace de concert avec l’écran lorsqu’on le déploie. En configuration compacte, l’ensemble vient se loger bien à l’abri dans une encoche spécifiquement creusée dans le boîtier pour protéger les lentilles.

Cette fuite vient d’ailleurs donner du crédit aux rumeurs persistantes de l’année dernière, qui affirmaient que Samsung mettait les bouchées doubles sur ce projet de peur de se faire damer le pion par une concurrence de plus en plus avide de ce genre de technologie. Évidemment, rien ne dit que ce brevet finira demain dans les rayons de votre boutique high-tech locale. Les géants de la tech ont cette fâcheuse manie de verrouiller des concepts sur le plan juridique sans jamais franchir le cap de la production de masse.

Des capteurs aux allures de super-pouvoirs

Si les ingénieurs de Séoul cherchent à repousser les limites physiques de la carrosserie, d’autres acteurs s’attaquent directement à ce qu’il se passe sous le capot. Modifier la forme de nos terminaux ne suffit plus ; on s’approche du moment où l’on va carrément leur greffer des capacités tout droit sorties d’un comic book. L’idée d’un appareil qui tient dans la poche et qui est capable de voir ce qui se cache au coin d’une rue semble délirante. C’est pourtant très exactement ce qu’une équipe du MIT Media Lab vient de rendre possible, du moins dans l’environnement contrôlé d’un laboratoire.

Les chercheurs ont réussi à détourner nos bons vieux capteurs LiDAR – ces mêmes puces qui gèrent l’autofocus de votre iPhone ou qui empêchent votre aspirateur-robot de s’encastrer dans les meubles – pour faire de l’imagerie sans ligne de visée (ou NLOS pour non-line-of-sight). Concrètement, un LiDAR classique a la capacité d’analyser en quelques picosecondes (un millième de milliardième de seconde, pour vous donner le vertige) la lumière qui rebondit sur les surfaces visibles. Ce qu’on ignorait, c’est que ce composant est aussi capable de dissocier ces signaux directs des réflexions résiduelles renvoyées par un objet complètement masqué.

La magie de la lumière indirecte

Le problème, c’est que ces échos lumineux indirects sont d’une faiblesse absolue. Pour réussir à reconstruire ce qui se trame dans un angle mort, les scientifiques ont dû pondre un algorithme inédit. En combinant de multiples mesures captées à différents instants – une technique baptisée motion-induced aperture sampling – le logiciel parvient à faire le tri.

Leur installation de test en dit long sur le potentiel du truc : ils ont planqué un cobaye humain derrière une cloison opaque, puis ont braqué leur LiDAR sur un mur blanc perpendiculaire à la scène. En analysant uniquement la lumière qui ricochait sur ce mur, le capteur et sa nouvelle surcouche logicielle ont réussi à tracker les déplacements de la personne cachée. Attention, on ne parle pas ici d’une photographie haute définition qui sortirait par magie des ombres. La technologie se contente pour l’instant d’extrapoler des formes géométriques grossières, mais l’exploit analytique reste colossal.

Le véritable tour de force n’est d’ailleurs pas tant la prouesse technique que sa démocratisation imminente. Siddharth Somasundaram, le chercheur qui pilote ce projet au MIT, l’a résumé avec une franchise rafraîchissante sur LinkedIn : l’intérêt majeur de leurs travaux, c’est d’avoir pris une capacité qui exigeait jusqu’ici un matos scientifique à 50 000 dollars pour la rendre compatible avec des composants banals, prêts à inonder les marchés de la robotique ou de la réalité augmentée (AR/VR).

À mesure que les LiDAR deviennent la norme sur nos puces grand public, cette forme de vision artificielle ouvre des perspectives assez dingues en matière d’appréhension de l’espace. Les débouchés semblent évidents. On pense immédiatement aux véhicules autonomes qui pourraient enfin détecter un piéton dissimulé à une intersection aveugle avant même de s’y engager. Des robots de livraison navigueraient avec une aisance inédite dans des environnements urbains labyrinthiques, tandis que les casques de réalité virtuelle exploiteraient cette analyse du signal NLOS pour un tracking millimétré des mouvements du corps humain. Le hardware de nos futurs appareils est en train d’évoluer, c’est une certitude. Mais c’est la façon dont ils percevront le monde autour d’eux qui risque de véritablement changer la donne.